Traces et mémoires de l’esclavage

Traces et mémoires de l’esclavage dans l’espace atlantique

Salles des colloques n°1 & 2, Site Saint-Charles
Université Paul Valéry,Montpellier, France

1-2 décembre 2016

Conférencières plénières
Ana Lucia Araujo (Howard University)
Christine Chivallon (Directrice de recherche LAM-CNRS)

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Programme colloque « Traces & mémoires… »

Abstracts colloque « Traces & mémoires… »

Dans Cultural Trauma: Slavery and the Formation of African American Identity (2001)[1], Ron Eyerman explore la formation de l’identité africaine américaine à travers le traumatisme culturel de l’esclavage. Au-delà de son impact direct sur celles et ceux qui ont subi l’esclavage, Eyerman considère qu’en tant que processus culturel, le traumatisme est « transmis par l’intermédiaire de diverses formes de représentation et associé à la formation d’une identité et à la construction d’une mémoire collectives ». Cette conférence internationale cherche à examiner les fondements, les mécanismes et l’étendue de ces processus mémoriels. Il s’agira d’explorer une réalité de l’esclavage adossée à la mémoire humaine, à la (re)construction de la mémoire de trajectoires et de migrations individuelles, collectives ou familiales transmises de génération en génération.

La conférence Traces et Mémoires de l’Esclavage dans l’Espace Atlantique se propose d’interroger la façon dont les descendants reconstruisent l’histoire de leurs ancêtres dès lors que l’esclavage pratiqué dans le cadre de la traite transatlantique figure parmi les paramètres du processus mémoriel. Elle entend également analyser comment, par un processus de collectivisation de mémoires et d’histoires personnelles ou familiales, les acteurs sociaux du présent contribuent non seulement à générer et à consolider des identités de groupes mais également à favoriser « l’émergence de la mémoire de l’esclavage dans l’espace public »[2]. Outre la redistribution culturelle et symbolique que peuvent suggérer des phénomènes de commémoration, de muséification et de patrimonialisation de la mémoire de l’esclavage, cette conférence souhaite également observer les contraintes que suppose son insertion dans l’espace public en analysant combien la demande sociale, notamment dans le cadre de revendications de devoirs de mémoire, influence la production de la connaissance historique et donne parfois lieu à des conflits de mémoires.

Peut-on affirmer avec Ira Berlin que « l’histoire et la mémoire interrogent toutes deux la question de l’esclavage […] mais qu’elles le font dans des langues différentes »?[3] Dans le contexte traumatique et post-traumatique de l’esclavage, la question des métissages et des souffrances qui les entourent parfois appelle un examen spécifique : les mécanismes de (re)construction mémorielle peuvent-ils, que ce soit d’un point de vue psychologique ou historique, prétendre à la neutralité ? Est-ce là leur vocation ? L’importance historique et stratégique de Gorée, sa charge symbolique et émotionnelle, et sa fonction mémorielle s’insèreront utilement dans la réflexion. Dans la même veine, des exemples de ce qu’Ana Lucia Araujo qualifie de « re(m)placement mémoriel », un processus selon lequel « une population locale s’approprie un bâtiment ou un site existant et attribue un passé lié à la traite atlantique et à l’esclavage, comme s’il s’agissait d’un véritable site historique, »[4] pourront être pris en considération.

Cette conférence internationale et pluridisciplinaire invite des communications en forme d’études de cas précis, d’analyses visant à dégager des constantes générales et des travaux comparatifs. Le champ géographique retenu englobe la totalité de l’espace atlantique, non pas pour privilégier des travaux sur les interactions entre servitude et capitalisme mais dans le sens où cette modernité-là, modernité mémorielle, transcende les individus, les « races », les nations, l’espace et le temps. Le champ géographique est donc large à dessein. Parce que la mémoire de faits remontant à plusieurs générations ne peut être que parcellaire, transmise et reconstruite, les lignes de force signifiantes du processus mémoriel feront l’objet d’une attention particulière.

La réflexion pourra se nourrir de travaux théoriques récents, dont ceux de Michael Rothberg[5] (2009) pour qui la mémoire se construit sur la base de focalisations multidirectionnelles et de synergies entre des événements apparemment déconnectés dans le temps et dans l’espace (Multidirectional Memory), et de Max Silverman[6] (2013) qui s’intéresse notamment à la « condensation » de traces spatio-temporelles différentes et parfois disparates (Palimpsestic Memory). Il pourra être intéressant de démêler les fils de constructions mémorielles familiales en déconstruisant des trajectoires d’individus fondateurs. Les traces archivistiques de moments clés pourront ainsi être convoquées pour interroger et préciser le contexte historique de ces trajectoires et/ou pour éclairer des trajectoires parallèles, celles par exemple de personnages plus connus. La recherche généalogique offre un terrain propice à la confrontation entre traces et mémoire, à la mise en exergue des mécanismes qui permettent de recréer des parcours déchiffrables, historiquement crédibles et psychologiquement acceptables dans les interstices laissés par les éléments factuels transmis par les générations. La question de la facture presque nécessairement ethnocentrique du prisme mémoriel pourra également être visitée.

Les participants pourront s’interroger sur les pistes, non exhaustives, de réflexion suivantes : 
– l’histoire et la mémoire de l’esclavage ;
– la mémorialisation de l’esclavage ;
– la canonisation de la mémoire de l’esclavage ;
– la/es représentation(s) de l’esclavage ;
– la commémoration, la muséification et la patrimonialisation de la mémoire de l’esclavage ;
– les lieux et les conditions de production et de circulation de savoirs sur l’esclavage ;
– l’héritage/les héritages de l’esclavage et la (re)construction d’une identité (collective) ;
– l’esclavage et la généalogie ;
– les sources et les archives sur l’esclavage.

Modalités de soumission :
Les langues de la conférence sont l’anglais et le français. Les propositions de 300 mots maximum, incluant un titre et le rattachement institutionnel, ainsi qu’une courte biographie sont à envoyer à traces2016@gmail.com avant le 29 février 2016. Les auteur(e)s de propositions acceptées seront informé(e)s le 31 mars 2016. Les propositions couvrant la totalité de l’espace atlantique sont bienvenues, ainsi que les propositions de tables rondes.

Comité d’organisation :
Lawrence Aje (Université Paul-Valéry, Montpellier – EMMA)
Nicolas Gachon (Université Paul-Valéry, Montpellier – EMMA)

[1] Ron Eyerman, Cultural Trauma: Slavery and the Formation of African American Identity, Cambridge: Cambridge University Press, 2003.

[2] Christine Chivallon, « Mémoire de l’esclavage et actualisation des rapports sociaux, » in  Cottias, Myriam, Cunin, Elisabeth & de Almeida Mendes, Antόnio (eds.), Les esclavages et les traites. Perspectives historiques et contemporaines, Paris, Karthala, 2010, p. 335.

[3] Ira Berlin, « American Slavery in History and Memory and the Search for Social Justice, » The Journal of American History, 90.4 (2004), p. 1266-1267.

[4] Ana Lucia Araujo, Shadows of the Slave Past: Memory, Heritage, and Slavery, New York, Routledge, 2014, p. 77.

[5] Michael Rothberg, Multidirectional Memory: Remembering the Holocaust in the Age of Decolonization, Stanford, California, Stanford University Press, 2009.

[6] Max Silverman, Palimpsestic Memory: The Holocaust and Colonialism in French and Francophone Fiction and Film, New York, Berghahn Books, 2013.

CFP Traces et mémoires dec 2016

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Traces and Memories of Slavery in the Atlantic World

 University of Montpellier, France

1-2 December, 2016

Keynote Speakers
Ana Lucia Araujo (Howard University)
Christine Chivallon (Research Director, CNRS)

In Cultural Trauma: Slavery and the Formation of African American Identity (2001),[1] Ron Eyerman explores the formation of African American identity through the cultural trauma of slavery. While trauma directly affected individuals who experienced slavery, Eyerman argues that, as a cultural process, trauma is « mediated through various forms of representation and linked to the reformation of collective identity and the reworking of collective memory ». This international conference seeks to examine the foundation, the mechanisms and the scope of these memorial processes. It endeavors to explore a reality of slavery that rests on human memory, on a (re)constructed memory of individual, collective or family trajectories and migrations transmitted from generation to generation.

The Traces and Memories of Slavery in the Atlantic World conference sets out to interrogate how descendants reconstruct the history of their ancestors when transatlantic slavery is one of the variables of the memorial process. The conference also aims at examining the extent to which, by a process of collectivization of personal or family memories and (hi)stories, social actors of the present not only partake in generating and consolidating group identities but also how they foster « the emergence of the memory of slavery in public space. »[2] In addition to assessing the cultural and symbolic redistribution which are enabled by the commemoration, the museification and the patrimonialization of the memory of slavery, this conference aims at probing the constraints which determine the inscription of this memory in the public sphere and the extent to which social demand, especially in the context of the obligation of remembrance, influences the production of historical knowledge and sometimes leads to conflicts of memory.

As Ira Berlin has argued, can it be contended that although « [h]istory and memory both speak to the subject of slavery […] they speak in different tongues » ?[3] In the traumatic and post-traumatic context of slavery, conflicting memories of interracial relationships, for instance, call for a specific attention: can the mechanisms of memorial (re)construction, whether it be from a psychological or historical point of view, claim or aim to be neutral? It will prove interesting to study the historical and strategic importance of places like Gorée – their symbolic and affective charge, as well as their memorial function. In the same vein, instances of what Ana Lucia Araujo refers to as « memory replacement », whereby « a local population appropriates an existing building or site and assigns to it stories of the Atlantic slave trade and slavery as if it was an actual heritage site » will also be worth considering.[4]

The organizing committee of this international and interdisciplinary conference welcomes papers in the form of case studies, analyses aimed at identifying general trends or comparative approaches. The geographic scope of the conference – the Atlantic space – is purposefully broad, as the issue of memorial modernity transcends individuals, race, nations, space and time. As memory of facts dating back to several generations can only be transmitted, reconstructed and inevitably fragmentary in nature, the palimpsestic dimension of the memorial process will be given particular attention.

Papers may build on recent theoretical works on memory, such as those of Michael Rothberg (2009)[5] for whom memory is constructed on the basis of multidirectional focalizations and synergies between events that are seemingly disconnected in time and space (Multidirectional Memory), or of Max Silverman (2013)[6] who has described the relationship between past and present in the form of a « superposition and interaction of different temporal traces [that] constitute a sort of composite structure, like a palimpsest, so that one layer of traces can be seen through, and is transformed by another » (Palimpsestic Memory). It might prove interesting to unravel the threads of family memory construction by studying the trajectory of founding individuals. The archival traces of key moments will thus be identified in order to interrogate and retrace the historical context of these trajectories and/or shed light on parallel trajectories, such as those of better-known historical figures. Genealogical research offers a propitious ground to retrace memories as genealogy reveals the memorial mechanisms which allow to recreate, from the interstices left by factual elements, decipherable paths which are historically credible and psychologically acceptable. Finally, it will be interesting to assess whether the memorial prism is necessarily ethnocentric.

The themes this conference endeavors to explore include, but are not limited to:
– the history and memory of slavery;
– the memorialization of slavery;
– the canonization of the memory of slavery;
– representation(s) of slavery;
– the commemoration, the museification and the patrimonialization of the memory of slavery;
– places and conditions of the production of knowledge on slavery and its circulation;
– the legacy/cies of slavery and the (re)construction of (collective) identity;
– slavery and genealogy;
– sources and archives on slavery.

Submission guidelines
The languages of the conference are English and French. Please send proposals of no more than 300 words in English or French (for papers or panels) and a brief CV mentioning your institutional affiliation to traces2016@gmail.com by February 29, 2016. Notification of acceptance will be sent by March 31, 2016. We welcome papers that cover any region of the Atlantic World as well as proposals for round table discussions.

Conference Organizers:
Lawrence Aje (Université Paul-Valéry, Montpellier – EMMA)
Nicolas Gachon (Université Paul-Valéry, Montpellier – EMMA)

[1] Ron Eyerman, Cultural Trauma: Slavery and the Formation of African American Identity, Cambridge: Cambridge University Press, 2003.

[2] Christine Chivallon, « Mémoire de l’esclavage et actualisation des rapports sociaux, » in Cottias, Myriam, Cunin, Elisabeth & de Almeida Mendes, Antόnio (eds.), Les esclavages et les traites. Perspectives historiques et contemporaines, Paris, Karthala, 2010, p. 335.

[3] Ira Berlin, « American Slavery in History and Memory and the Search for Social Justice, » The Journal of American History, 90.4 (2004), p. 1266-1267.

[4] Ana Lucia Araujo, Shadows of the Slave Past: Memory, Heritage, and Slavery, New York, Routledge, 2014, p. 77.

[5] Michael Rothberg, Multidirectional Memory: Remembering the Holocaust in the Age of Decolonization, Stanford, California, Stanford University Press, 2009.

[6] Max Silverman, Palimpsestic Memory: The Holocaust and Colonialism in French and Francophone Fiction and Film, New York, Berghahn Books, 2013.

CFP Traces and Memories Dec 2016

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