Repenser les nationalismes en Grande-Bretagne

Repenser les nationalismes en Grande-Bretagne
Vendredi 25 mars 2016

Université Paul-Valéry Montpellier 3, Site Saint-Charles
Salle 126, 14h-17h30

Contact et informations :
Marc Lenormand (marc.lenormand@univ-montp3.fr)
Anne-Marie Motard (anne-marie.motard@univ-montp3.fr)

Programme
14h00-15h30
Moya Jones, « What happened to Welsh nationalism ? »
Nathalie Duclos, « Rethinking  nationalism in Scotland »

15h30: Pause café

16h-17h30
Vincent Latour et Catherine Puzzo, « UKIP: Reinventing or Merely Rebranding English Nationalism? »
Anne-Marie Motard, « Is Labour’s World an Island? The British Labour Party, Nationalism and Internationalism: a historical perspective »

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Enjeux scientifiques du séminaire
Alors que le continent européen, mais aussi les Amériques, l’Afrique et l’Asie ont été marquées aux XIXe et au XXe siècle par l’émergence des nationalismes comme forces de transformation politique, faisant de la « nation » la catégorie centrale de la pensée politique depuis les gauches anti-coloniales jusqu’aux droites réactionnaires, la Grande-Bretagne a été caractérisée sur la même période par la domination des catégories politiques jumelles d’« union » et d’« empire », appliquées respectivement au contexte intérieur et extérieur. Si le Royaume-Uni et l’empire ont constitué, à leur manière, le cadre d’un projet étatique comportant une dimension nationale autour de l’identité « britannique » projetée à travers l’empire, le concept et le mot d’ordre de « nation » ont été bien plus centraux dans des mobilisations nationalistes qui se sont employées à affaiblir le contrôle exercé par l’empire ou par le centre anglais du pouvoir dans les îles britanniques, de la révolution américaine à l’indépendance irlandaise et des mouvements de libération nationale en Asie et en Afrique à la résurgence des nationalismes minoritaires au Pays de Galles et en Écosse.
De ce point de vue, la nouvelle centralité des nationalismes dans le paysage politique britannique constitue une rupture majeure par rapport au bipartisme dominant au cours des deux derniers siècles. Même si, à la faveur du système uninominal à un tour, le parti conservateur a obtenu une majorité absolue des sièges à la Chambre des Communes aux élections de mai 2015 grâce à seulement 36,9% des voix, la carte des résultats électoraux donne à voir les partis politiques, y compris les partis qui concourent à l’échelle britannique, comme des partis nationaux ou régionaux : les conservateurs représenteraient le Sud de l’Angleterre, les travaillistes le Nord, le Scottish National Party (SNP) l’Écosse, le Pays de Galles offrant seul un paysage plus complexe.
D’une certaine manière, peu importe que cette carte amplifie de simples tendances locales et ignore souvent la majorité des voix des électeurs : elle contribue à son tour à accentuer la fragmentation nationale et régionale de la politique britannique, à « nationaliser » jusqu’aux partis unionistes. Si le parti travailliste s’efforce de conserver comme cadre de référence le Royaume-Uni et l’État social qu’il organise, le parti conservateur semble davantage assumer le rôle de défenseur des intérêts anglais, comme le suggèrent aussi bien la promotion d’une autonomie anglaise par le premier ministre conservateur David Cameron au lendemain du référendum sur l’indépendance de l’Écosse que la tonalité fortement anti-écossaise de la campagne électorale menée par le parti en 2015.
Le succès d’audience du United Kingdom Independence Party (UKIP), qui aiguillonne le parti conservateur sur sa droite, semble redevable d’une logique semblable, associant nationalisme réactif anglais et vestiges impériaux du splendide isolement. Le débat autour de la sortie du Royaume-Uni de l’Europe (Brexit) permet d’ailleurs d’élargir la question nationale et nationaliste en Grande-Bretagne, dans deux directions. Tout d’abord, il souligne la force d’un nationalisme majoritaire qui défend le projet étatique du Royaume-Uni contre les forces qui peuvent l’affaiblir à l’intérieur et à l’extérieur – nationalismes minoritaires ou construction européenne. Ensuite, il permet de penser des nationalismes sans nation, c’est-à-dire de penser « nation » et « nationalisme » plus largement comme des catégories analytiques, c’est-à-dire comme des concepts scientifiquement utiles permettant de décrire ici un ensemble de processus sociaux, politiques et symboliques visant à regrouper une population relativement disparate sous un même signifiant, à l’aide d’un ou plusieurs adversaires supposés différents, quand bien même la catégorie de « nation » ne serait pas une catégorie centrale des discours politiques en question.

Dès lors, ce séminaire s’articule autour d’une série de thématiques et de questions :

  • Comment comprendre et expliquer la nouvelle centralité des catégories de « nation » et de « nationalisme » dans le paysage politique britannique ?
  • Comment penser l’articulation entre nationalismes minoritaires et nationalismes majoritaires ?
  • Autour de quels contours territoriaux, civiques et démographiques – unions et divisions, exclusions et rassemblements – ces nationalismes se sont-ils structurés ?
  • De quels projets étatiques, et de quelles cartes symboliques, ces nationalismes divers ont-ils été historiquement porteurs ?

Présentation des intervenant-e-s
Nathalie Duclos, agrégée d’anglais et ancienne élève de l’ENS de Cachan, est maître de conférences HDR en civilisation britannique à l’Université Toulouse II Jean-Jaurès. Sa recherche porte sur la politique écossaise contemporaine, et notamment sur le SNP, le nationalisme et l’indépendantisme en Ecosse. Elle a écrit deux livres sur l’Ecosse: La dévolution des pouvoirs à l’Ecosse et au pays de Galles, 1966-1999 (Nantes : Editions du Temps, 2007) et L’Ecosse en quête d’indépendance ? Le référendum de 2014 (Paris : Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2014).
Moya Jones est professeur des universités. Elle enseigne la civilisation britannique à l’Université  Bordeaux Montaigne où elle est membre de l’Équipe d’accueil CEMMC (Centre d’études des mondes moderne et contemporain). Diplômée de la London School of Economics, elle est l’auteur de nombreux publications et articles, en français et en anglais, sur la nouvelle gouvernance territoriale au Royaume-Uni ainsi que sur les minorités. Elle s’intéresse en particulier au pays de Galles et aux études galloises.
Vincent Latour est professeur des universités dans le Département d’étude du Monde Anglophone, université Toulouse II Jean-Jaurès, membre du laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes (C.A.S. EA 801). Ses recherches et travaux portent sur les politiques d’immigration et d’intégration au Royaume-Uni et en Europe ; sur les comparaisons internationales et les transferts de politiques publiques ; sur la place de la religion dans l’espace public, et les notions de multiculturalisme, sécularisation, laïcité et communautarisme.
Anne-Marie Motard est Professeur des universités, Vice-présidente déléguée aux relations internationales à l’Université Paul-Valéry Montpellier. Ayant une formation en Science politique et en Études anglophones, elle mène des travaux de recherche centrés sur l’histoire politique et sociale, le mouvement travailliste et les questions identitaires au Royaume-Uni. Parmi ses publications récentes, on peut citer : Diversité(s) et identité(s) : créations, discours, représentations. (Ed.) Montpellier, PULM, 2013 ; Le Parti Travailliste Britannique, des origines au 21ème siècle. La continuité sous le changement. Paris, Ellipses, 2009 ; Dévolution, identités et nationalismes. Une mise en perspective européenne du cas britannique. (Ed.) Montpellier, PULM, 2009.
Catherine Puzzo est maître de conférences dans le département d’études du monde anglophone, université Toulouse II Jean-Jaurès, membre du laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes (C.A.S. EA 801), coordinatrice du groupe de recherche Les Jeudis du [Genre], réseau ARPEGE. Ses recherches et publications récentes portent sur les politiques et la législation en matière d’immigration et de droit d’asile au Royaume Uni ; les droits fondamentaux et libertés publiques ; populations immigrées spécifiques : femmes, enfants, réfugiés.

Ce  séminaire fait partie du cycle de séminaires « Repenser les marges au Royaume-Uni », initié par Nathalie Duclos, Vincent Latour, Marc Lenormand et  Anne-Marie Motard dans le cadre des activités des équipes CAS EA801 (Toulouse Jean-Jaurès) et EMMA EA741 (Paul-Valéry Montpellier 3). Le prochain séminaire s’intitulera « L’Écosse est-elle (encore) une périphérie britannique sur le plan politique ? Repenser la place politique de l’Ecosse au sein du Royaume-Uni » et aura lieu le 2 décembre 2016 à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès.

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Scotland and the UK after the independence referendum

 Friday, October 24th 2014
14.00-18.00
Université Montpellier 3
Site St Charles, salle des colloques n°2

 Organisers
Marc Lenormand, Université Montpellier 3, EMMA
Anne-Marie Motard, Université Montpellier 3, EMMA

 Speakers
Philip Carr, Université Montpellier 3, EMMA
Keith Dixon, Université Lyon 2, Triangle
Nathalie Duclos, Université Toulouse 2, CAS
Brad Mackay, University of Edinburgh, Edinburgh Business School

Présentation Table Ronde sur le référendum écossais

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